RICCARDI SYLVIE
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26/05/2016

Une panne sur l’autoroute ? Tant mieux : en attendant la dépanneuse, je prends enfin du temps pour moi. Le métro plein à craquer ? Une aubaine, je manquais de contact humain. Il y a des gens étonnants qui positivent tout, tout le temps. Comme si chaque tuile de l’existence était bonne à prendre, comme si, derrière un drame, se cachait toujours une leçon de sagesse. Et ces personnalités formidables, shootées à l’optimisme, vous expliquent, avec un sourire parfois inquiétant, que vous seriez plus heureux si vous surfiez sur le bon côté des événements. C’est, dans sa version sympathique, la première leçon de l’ours Baloo lorsqu’il enseigne la loi de la jungle à Mowgli : « Prenez la vie du bon coté, riez, sautez, dansez, chantez, et vous serez un ours très bien léché. » Pas sûr. 

L'échec est formateur

« Dans tous les domaines, notre société concurrentielle nous pousse à être performants. Pour cela, il faut positiver, quitte à enjoliver son curriculum vitae pour qu’il montre un cheminement couronné de succès », relève la psychanalyste et philosophe Monique David-Ménard. Mais la pression est si forte que « nous voyons arriver dans nos cabinets des personnes construites sur cet idéal de réussite absolue tout à coup s’effondrer lorsqu’elles échouent ». À tout positiver, elles n’ont pas appris à supporter leurs zones de tristesse et sombrent dans la mélancolie. « C’est dommage, car nos difficultés et nos ratages nous donnent un enseignement précieux sur nous-mêmes », reprend-elle. 

Une rupture sentimentale nous révèle, par exemple, un investissement excessif ou un échec peut-être désiré. Grâce à Freud, nous savons désormais que ces fameuses pulsions antagonistes de vie et de mort, d’éros et de thanatos, constituent la richesse et la complexité de la psyché. Regarder ce qui ne va pas si bien, c’est considérer nos failles, nos faiblesses et nos peurs, toutes ces facettes qui font notre singularité. « Il y a quelque chose de très personnel dans notre manière de répéter les mêmes impasses », confirme Monique David-Ménard. Et la liberté est là, « lorsque nous trouvons dans nos échecs le matériau de nos réussites ». 

Les émotions ont un sens

Sophie, 30 ans, connaît bien cet instant où, par crainte d’être débordée par ses émotions, elle regarde ailleurs en se disant que ce n’est pas grave. Si bien qu’on lui reproche souvent d’être distante, insaisissable. « C’est le cas : dans ma tête, je m’en vais très loin, jusqu’à mes 10 ans, lorsque, rejetée par mes camarades de classe, je dédramatisais en me persuadant que je m’amusais mieux toute seule. » Réfugiée dans sa coquille comme à son habitude, elle se prive de l’opportunité de faire, pour une fois, un peu différemment.

« C’est tout le travail de la thérapie : amener le patient à regarder comment il est touché par un événement et ce que cela réactive d’une situation déjà vécue, pour apprendre à réagir de manière plus adaptée au moment présent », analyse Jean-François Gravouil, gestalt-thérapeute. Car, si les émois de Sophie adulte témoignent de son histoire d’enfant, ils parlent aussi de ce qui se passe, dans le moment présent, avec son interlocuteur. Pourquoi cette conversation déclenche-t-elle, aujourd’hui, de telles émotions ? En les mettant à distance, elle se coupe d’elle-même, de l’autre, et s’empêche de le rencontrer vraiment. 

La pensée positive, parce qu’elle ne permet pas de s’ajuster à la situation actuelle, peut être « un déni de réalité, résume Jean-François Gravouil. Pour ne pas être confronté à ce qui nous menace ou nous fait peur, nous refusons de voir ce qui, dans le réel, nous dérange ». Nous l’édulcorons pour être, provisoirement, en paix, mais nous courons en fait à la catastrophe. « Nous avons beau nous dire que la route est droite, s’il y a un virage, nous allons finir dans le décor », illustre-t-il. Or, ainsi que l’enseignait le maître indien Swâmi Prajnânpad, toute action juste passe par « dire oui à ce qui est ». Considérer la situation telle qu’elle se présente permet de trouver les ressources adéquates, de faire des choix pertinents.

« Les pensées positives comme les négatives sont deux voies dangereuses et stériles, poursuit le gestalt- thérapeute. Dans les premières, nous sommes du côté de la toute-puissance, tout est rose, tout est possible ; dans les secondes, du côté de l’impuissance, du défaitisme. » Dans les deux cas, nous restons passifs, nous ne créons ni ne construisons rien. Nous ne nous engageons pas ni ne nous donnons les moyens de transformer le monde. Nous n’écoutons pas nos émotions, au sens étymologique du terme, ex movere : ce qui nous mobilise, nous pousse à l’action. 

L'ambivalence fait grandir

Cette injonction moderne à positiver, à faire bonne figure, permet aussi par- fois de museler tout discours un peu trop contestataire. C’est le fameux « Ne m’apportez pas de problème, donnez-moi des solutions », malheureusement répété par nombre de chefs d’équipe. Avec, en embuscade, ce reproche caché : faites des efforts, soyez performants, flexibles, rebondissez ! Marc, 45 ans, commercial, raconte ainsi : « Notre patron nous a annoncé une bonne nouvelle : pas de licenciements... à condition de renoncer à nos primes. Nous étions invités à nous réjouir. » Les esprits chagrins qui auraient le malheur de pointer la supercherie sont accusés de ne pas être constructifs, de plomber l’esprit d’équipe.«Quand vous devenez dérangeant, vous êtes culpabilisé parce que vous n’êtes pas assez docile », souligne Jean-François Gravouil. La pensée positive refuse la pensée complexe, chère au sociologue et philosophe Edgar Morin, un peu trop coûteuse sur le plan psychique. « Parce qu’elle prend en compte des éléments contradictoires, la complexité nous installe en effet dans un équilibre instable, là où un choix est toujours relatif, contestable », précise le gestalt-thérapeute. Il n’y a jamais de bonne réponse. D’où la tentation d’éviter les complications, de ne voir que le bon côté des choses en espérant être ainsi plus serein.

« C’est plus facile, mais c’est assez infantile », observe encore Jean- François Gravouil. L’accession à la maturité psychique se fait en effet lorsque nous acceptons l’ambivalence : « Le bébé est dans une vision à la fois persécutrice et clivée du monde : le sein qui arrive quand il a faim est le bon objet ; le sein qui ne vient pas, le mauvais objet. » En grandissant, l’enfant prend conscience que, dans les deux cas, le sein est sa mère. Il admet ainsi que, chez elle comme chez lui et en toute chose, il y a du bon et du mauvais, du positif et du négatif. 

L'angoisse est humaine

En ces temps de grisaille économique et sociale, nous aurions pourtant parfois besoin de positiver un peu plus. « Tant que nous ne l’utilisons pas comme système de réponse systématique, la pensée positive offre un confort psychologique », estime Jean-François Gravouil. Elle met du supportable là où nous pourrions être terrassés par la peur. « Dans des situations de grande insécurité, il est indispensable de tamiser ce qui ne va pas. Positiver certains aspects de sa vie permet de ne pas être envahi par l’angoisse », atteste Monique David-Ménard. Par exemple, ne pas trop regarder à quel point son couple bat de l’aile lorsque, au chômage, nous concentrons notre énergie à retrouver du travail.

« À l’inverse, il peut être tout à fait inopportun de positiver. Cela signalerait que nous ne supportons pas d’entendre une plainte. Or, il faut parfois que l’envie d’être malheureux s’épuise », note la psychanalyste. Rien ne sert d’asséner à un ami effondré qu’il faut prendre la vie du bon côté. Et de conclure : « Entre l’idéal absolu de performance et l’intolérable dégringolade de l’échec, nous pourrions inventer des modes de réussite qui supportent une dose de ratages. » Positiver un peu, mais pas trop, et pas tout le temp

L'avis de Christophe André

« Je ne suis pas du tout preneur de cette formule “tout positiver”, même si les émotions positives sont extrêmement importantes : elles nous permettent de faire face à l’adversité. Il y a beaucoup de moments dans notre vie où il est impossible de positiver, où il se passe des choses trop douloureuses. Il faut aussi laisser un espace aux émotions négatives, à l’angoisse, à la colère. L’inquiétude, la tristesse répétées peuvent être de bons signaux quant à des décisions importantes à prendre. Des études récentes insistent d’ailleurs sur le fait qu’un certain ratio d’émotions négatives est nécessaire à notre équilibre. Le bon fonctionnement psychologique repose sur trois-quatre émotions positives pour une émotion négative. Personnellement, ça me demande du travail ! » 

s. 

 

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